mercredi 26 août 2009

Public enemies.


Publics enemies, de Michael Mann. Biopic et thriller, Etats-Unis, 2009, 2 h 13.


L’évocation des dernières cavales du célèbre braqueur de banques John Dillinger dans les années 1930, jusqu’à son exécution par une équipe du FBI dirigée par l’agent spécial Melvin Purvis.

Le choc que provoque la vision de ce long métrage est d’abord esthétique. Le traitement du film à costume, souvent empesé par des tonnes de carton pâte et des éclairages cotonneux, est ici transfiguré par l’utilisation de la caméra vidéo haute définition. L’effet d’immersion dans un temps révolu est tout simplement bluffant. Chaque détail, chaque costume, chaque élément de décors ou de paysage semblent avoir été filmés en direct, dans la réalité et la vérité de l’époque, sans effort apparent de reconstitution. Jamais le spectateur de cinéma n’a eu à ce point ce sentiment puissant d’être plongé dans la chair du passé. La salle obscure comme machine à remonter le temps…

Mais l’intérêt du film va bien au delà de ces considérations formelles. Redécouvrant les racines un genre qu’il a brillamment honoré dans sa carrière, Mann scrute une Amérique de la crise déboussolée, une République fragile, hantée par la question de la sécurité (déjà !) , une société exsangue, avide de gloire éphémère et d’icônes populaires. Entre des flics « ancien modèle » corrompus par les braqueurs et les mafias, et un FBI encore balbutiant en passe de devenir un état dans l’Etat, gendarmes et voleurs s'entrecroisent devant un public effrayé et fasciné. Il faut voir Dillinger (magnifique Depp) avoir le toupet d’entrer dans un commissariat à la barbe des policiers locaux pour admirer ses photographies anthropométriques, puis s’identifier à l’acteur Clark Gable à quelques minutes de son exécution. Il faut voir Purvis, minéral au possible, apprivoiser les caméras et se mettre en scène pour mieux faire passer la propagande de J.Edgar Hoover. Des héros narcissiques qui agissent et se regardent agir dans l'éclat d’une époque qui se vivait en âge d’or. Mise en scène sublime, acteurs mémorables.